Horreurs boréales… des polars servis frappés

Si vous imaginez les pays du Nord comme un monde merveilleux issu des légendes celtes et germaniques, peuplés de vikings… Ou comme un univers calme, pacifique, introverti mais socialement en avance, dont le modèle est vanté partout dans le monde… Ces quelques conseils de lecture vont vous faire revoir vos a-priori !

horreurs boreale 2Mais que font des polars dans un endroit pareil ? Pourquoi tant d’auteurs montrent une société violente, raciste, corrompue, désenchantée ? Et surtout, pourquoi rencontrent-ils un tel succès dans le monde entier ?

Depuis Millénium, les polars scandinaves sont devenus des stars internationales de la littérature. Mais ce genre n’est pas parti de rien. Dans les années 1960, le couple de suédois Maj Sjöwall et Per Wahlöö a fondé le roman policier scandinave et connu un rapide succès. Ils ont considérablement influencé les auteurs suivants en rendant ces romans beaucoup moins centrés sur leurs énigmes que sur leur univers sombre et leurs personnages typiques.

Dans les années 1990, Henning Mankell et Jo Nesbo ont répandu le genre en mettant en scène leurs fameuses « créatures », les inspecteurs Kurt Wallander et Harry Hole, dans des séries policières dont le succès leur a valu une adaptation à l’écran. Le Danois Peter Hoeg a aussi participé à populariser le polar avec Smilla ou l’amour de la neige en 1992.

En 1992, un prix littéraire est spécialement créé pour récompenser des auteurs de romans noirs dans les pays scandinaves : le Prix Clé de verre.

Avec Millenium de Stieg Larsson en 2006, c’est la consécration au niveau international

horreurs borealeEn ce début de 20e siècle, une nouvelle génération d’auteurs émerge dans les pays scandinaves : Arnaldur Indridason en Islande, Jussi Adler-Olsen au Danemark, Karin Fossum en Norvège, Hakan Nesser et, plus récemment, Camilla Lackberg en Suède.

Les raisons du succès…

Le polar scandinave a d’abord pour particularité de fédérer tous les pays de la Scandinavie autour des mêmes codes littéraires et culturels.

Ensuite, le polar scandinave est plus une critique sociale qu’une enquête policière. Les écrivains tranchent brutalement avec l’imaginaire en démontant le modèle social-démocrate égalitaire. Ils décrivent longuement le désenchantement social, la déception de la mondialisation, le passé nazi, la montée du racisme. Leur engagement a valu à Wahlöö et Sjöwall de voir leurs romans qualifiés de « polars marxiste » et à Stieg Larsson d’être menacé par des néonazis. C’est en partie la présentation de cette réalité qui plaît aux lecteurs non scandinaves.

Il y a aussi d’autres phénomènes qui attirent les lecteurs : les héros ne sont pas des héros. L’archétype de l’inspecteur est le plus souvent un homme, la quarantaine, seul avec ses problèmes, se noyant aussi bien dans l’alcool que dans son travail. Les scènes se déroulent dans des provinces isolées et les histoires nous font ressentir tout le poids des tabous. Rien de très spectaculaire mais c’est ce qui fait la force du genre. Les héros en étant vulnérables n’en sont que plus attachants et la nature rude du grand nord crée une fascination. Cette contradiction entre des histoires glauques et l’imaginaire pacifique que nous avons du monde nordique crée un choc et participe à l’engouement.

A cela s’ajoute le talent des auteurs pour les intrigues très bien ficelées et originales, la facilité pour les lecteurs de s’identifier à des personnages ordinaires, souvent féminins, et le réalisme social. Mais l’effet de mode a sa part également et la commercialisation du genre commence à être critiquée…

 

Laissez vous tenter pour cet été par un polar bien glacé et n’hésitez pas à nous laisser vos coups de cœur en commentaires !

Pour l’occasion, on vous a même fait une sélection, sortie des rayons et installée dans la BU Tréfilerie, devant la salle Arts, Lettres et Langues.