Et la lumière fut !

Le 2ème film du réalisateur danois Nicolas Winding Refn, « Bleeder », a été restauré et diffusé dans le cadre du Festival Lumière de Lyon les 12 et 13 octobre derniers. Sorti au Danemark en 1999 et inédit en France, il sera en salles le 26 octobre prochain.

mads_mikkelsen_nicolas_winding_refn_66eme_festival_de_venise_mostraQue dire de ce deuxième long métrage ? Dans la lignée de « Pusher » qui le précède et dont il reprend les trois principaux acteurs : Mads Mikkelsen, Kim Bodnia et Zlatko Buric, Nicolas Winding Refn dépeint le désenchantement d’une bande de trentenaires. La vie quotidienne maussade dans des rues taguées s’écoule entre un snack miteux, un vidéoclub défraîchi et une boîte de nuit glauque.

Six trentenaires dans un quotidien maussade

Chacun réagit à sa manière pour supporter l’inconsistance des journées : Lenny (Mads Mikkelsen) se réfugie dans le visionnage de films à outrance, Louis (Levino Jensen) dans le racisme radical et Léo (Kim Bodnia) prend conscience de sa vie pitoyable en apprenant qu’il va être papa.

Les filles s’accommodent mieux de leur existence : Léa (Liv Corfixen) traîne son ennui avec un détachement désabusé mais amusé et Louise (Rikke Louise Andersson) s’accroche à son amour pour Léo et à sa grossesse pour embellir son avenir.

Seul Kitjo (Zlatko Buric) semble en accord avec son décor et s’interroge sur le film qu’ils choisiront de regarder pendant leur séance hebdomadaire dans l’arrière-boutique, même s’ils ne sont plus que deux sur quatre…

Musiques et lumières

Comme toujours, la musique occupe une place primordiale dans le film. Dès le début, elle présente chacun des six personnages, se faisant douce ou violente suivant le sexe et le caractère du protagoniste. Elle accompagne chaque scène et se module au gré de l’action. Elle se fait agressive quand la banalité du quotidien vire à la violence pure et dure.

Elle devient liturgique pour la présentation du vidéoclub, accentuant ainsi l’effet visuel donné par la caméra qui filme les rayonnages et les néons comme l’intérieur d’une cathédrale. Le choix reste le même lorsque Louis assoiffé de vengeance part en voiture avec deux acolytes : la musique sacrée en fait trois anges de la mort. Elle accompagne encore Léo, sanglant et condamné, dans la lumière blanche qui baigne l’extérieur de l’entrepôt, tel un passage vers l’au-delà.

Et c’est cette même lumière céleste qui enveloppe Lenny et Léa lors de la scène finale, comme une promesse d’un avenir meilleur.

Le spectateur bercé ou malmené par la bande-son et les images suit le film de manière quasi hypnotique et ressort conquis par la variété des scènes où alternent humour, romance et violence ; le tout filmé avec la réalité crue chère au réalisateur dont vous retrouverez les œuvres disponibles en DVD en BU.