C’est qui, ce Lovecraft ?

 

H._P._Lovecraft,_June_1934

« What’s in a name? That which we call a rose

By any other name would smell as sweet. »

“Qu’y a-t-il dans un nom ? Ce que nous appelons rose,

Par n’importe quel autre nom sentirait aussi bon.”

Romeo and Juliet (II, ii, 1-2)

Le cas de l’écrivain Howard Phillips Lovecraft (1890-1937) donne raison à l’usage qui veut qu’un auteur passe habituellement un certain temps au purgatoire. Inconnu de son vivant, il ne vit que rarement ses textes publiés, hormis quelques nouvelles dans des pulps (magazines bon marché des années 20). La vie de Lovecraft est aujourd’hui largement cartographiée grâce à plusieurs biographies (celle de S.T. Joshi notamment).

All you need is… biography

Né le 20 août 1890 à Providence (Rhode Island), il avait trois ans lorsque son père fut interné au Butler Hospital pour démence (et mourut de paralysie générale, dernier stade de la syphilis). Sa santé fragile ne lui permit pas de faire d’études supérieures et c’est à Providence, sous la houlette de ses tantes et d’une mère à la fois protectrice et destructrice, qu’il passa le plus clair de son temps à dévorer la bibliothèque familiale, ce qui lui permit d’acquérir une solide culture scientifique et littéraire. Peu après le décès de sa mère (1921), il rencontra Sonia Greene lors d’un congrès de journalistes amateurs à Boston. Ils partirent pour New York et se marièrent en 1924. Lovecraft ne put trouver aucun emploi, si bien que le ménage reposait entièrement sur le salaire de Sonia. Ils se séparèrent à l’amiable et Lovecraft revint à Providence.

Il resta un amateur, au sens fort, toute sa vie et put péniblement subvenir à ses besoins en effectuant par exemple des révisions pour les pulps (Weird Tales notamment) ou des travaux de réécriture pour d’autres auteurs. Lorsque ses moyens le lui permettaient, il n’hésitait pas à voyager (Québec, Floride…). Il mourut en 1937 à 46 ans.

Voilà pour la partie factuelle. Pour le reste, on peut voir les choses de bien des façons…

Mort de Lovecraft…

Écrivain pratiquement jamais publié de son vivant, son œuvre est aujourd’hui largement disponible dans toutes les librairies (en français), totalement sur les espaces virtuels infinis (en anglais). Sa mythologie est globalement connue et souvent caricaturée, si bien qu’on le classe encore parmi les écrivains fantastiques. Pourquoi pas. Rien n’est moins sûr. De toute façon, il est trop tard. Son image le précède. Ironie pour un auteur non publié de son vivant.

Naissance de Lovecraft… (en France)

Il faut se souvenir de Jacques Bergier qui déclarait qu’il fallait avoir beaucoup souffert pour comprendre Lovecraft. Peut-être. Soit. On peut, sans souscrire à ce jugement, remercier Bergier d’avoir fait connaître Lovecraft en France.

Houellebecq. Il n’est pas encore Goncourt. Il n’est pas encore écrivain. Comprendre : pas encore publié. Sans doute est-il déjà écrivant, comme des milliers de gens. Quand les Editions du Rocher publie H.P. Lovecraft : contre le monde, contre la vie en 1991, Houellebecq est un inconnu, comme Lovecraft en son temps. Contre le monde. Tout un programme où l’on est confronté à l’idée d’un Lovecraft névrosé. Soit. Diagnostique médical qui n’engage que le médecin et son marteau, pas nécessairement le lecteur amateur, au sens fort du terme, comme le fut Lovecraft.

Longue vie à Lovecraft !

Celle à venir. Celle des fans. Et là, problème. Il faudrait trouver un autre mot. Fan : mot quasi-orwellien qui tente de faire oublier qu’il dérive du fanatique. Danger il y a. Mieux vaudrait, peut-être, « admirateur », au sens fort de « celui qui contemple avec émerveillement », sense of wonder de l’univers Lovecraftien oblige.

lovecraft couv

Ne pas conclure…

Postérité exceptionnelle de l’écrivain donc. Houellebecq avait vu juste en 1991. Personne n’a sérieusement songé à continuer Proust (il faudrait pour cela avoir plus de temps qu’il n’est humainement possible d’en avoir). Lovecraft, lui, est encore « continué ». On poursuit son œuvre partout dans le monde. On l’adapte. On le dessine. On essaie de peindre ses créatures et ses paysages. On filme. On chante. Les spores de cette littérature fongique n’ont pas encore fini leur dissémination. Le phénomène est à peine croyable.

Explorer le texte il faut…

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Inspiré.e.s ?
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