LE MOT DE CAMBRONNE DANS (PRESQUE) TOUS SES ETATS – Episode 1

« L’exposition autour du best-seller de Giulia Enders « Le charme discret de l’intestin » poursuit son itinérance dans les BU, l’occasion de faire un point complet en 3 épisodes sur un thème universel : l’excrément. »

Acte premier :

 MERDRE !

 Mère Ubu : Oh ! voilà du joli,

Père Ubu, vous estes un fort grand voyou.

 (Alfred Jarry, Ubu Roi, 1896)

Caca, merde, excrément, crotte, bouse, fiente, fumier, bronze, boue, étron, fèces, mouscaille, selle, déjection… On ne pourra que constater la richesse de la langue de Molière pour évoquer nos matières fécales. Mais cette pluralité de termes ne dissimule-t-elle pas une difficulté à évoquer ce sujet bassement humain et tellement trivial ? Ainsi, avons nous décidé de nous adonner à la scatologie, non pas de manière grossière et scabreuse, mais avec sérieux et érudition. La « chose » sera ainsi considérée sous ses aspects littéraire, historique, politique et artistique.

 Bref, avec ces petites et passionnantes miscellanées en trois épisodes, vous devriez largement avoir de quoi briller dans une soirée mondaine ! En espérant que nous y parviendrons… Caca jacta es… comme aurait dit l’autre.

Cambronne

Si vous souhaitez exprimer la chose de façon distinguée et élégante, afin ne pas passer pour un malotru ou un rustre, tel le Père Ubu, alors dîtes plutôt : « le mot de Cambronne ».

Cambronne_à_WaterlooUn peu d’histoire

Napoléon Bonaparte domine l’Europe par ses conquêtes et batailles célèbres (Austerlitz, Iéna, Wagram). Mais comme disait l’adage de l’historien Jean-Baptiste Duroselle (1917-1994), « tout empire périra ». Ainsi, après l’apogée, tout va à vau-l’eau : de coup de Trafalgar en châteaux en Espagne, on en arrive vite à la Bérézina. Après son exil sur l’île d’Elbe, l’Aigle file à l’Anglaise et s’envole sans coup férir pour Paris où il est reçu triomphalement.

Mais quel est le rapport, nous direz-vous ?

18 juin 1815, le plat pays, au sud de Waterloo. L’armée française est définitivement vaincue par la coalition alliée.

« La garde meurt mais ne se rend pas ! »

La légende dit que ce serait le général Pierre Cambronne, commandant du dernier carré de la vieille garde, qui aurait prononcé cette phrase au général britannique qui le sommait de se rendre. Le principal intéressé, lui, nia ce propos, tout comme son célèbre mot. Mais qu’importe, l’histoire lui en lèguera la paternité en parlant du « Mot de Cambronne ».

« L’homme qui a gagné la bataille de Waterloo, ce n’est pas Napoléon en déroute, ce n’est pas Wellington pliant à quatre heures, désespéré à cinq, ce n’est pas Blücher qui ne s’est point battu ; l’homme qui a gagné la bataille de Waterloo, c’est Cambronne. » (Victor Hugo, Les Misérables, 1862)

Pourquoi ? Car face à l’insistance de l’ennemi, Cambronne ne se serait pas démonté et avec cette outrecuidance très française, qui agace autant qu’elle est admirée par nos amis anglo-saxons (et que l’on désigne aujourd’hui sous le terme de french bashing), il aurait répondu énergiquement par « une insulte à la foudre » (Hugo), c’est-à-dire le fameux : MERDE !

« Au mot de Cambronne, la voix anglaise répondit : feu ! Les batteries flamboyèrent, la colline trembla, de toutes ces bouches d’airain sortit un dernier vomissement de mitraille épouvantable ; une vaste fumée, vaguement blanchie du lever de la lune, roula, et, quand la fumée se dissipa, il n’y avait plus rien. »

Pour pousser plus loin, ne ratez pas le prochain épisode, jeudi 25 mai : Au trou !