Assises Internationales du Roman 2017 : quand l’horreur s’exprime dans la littérature argentine

Cette année, contrairement aux deux années précédentes, c’était au tour de la Médiathèque de Tarentaize, toujours en collaboration avec la BU Tréfilerie, d’avoir l’honneur de recevoir dans le cadre des AIR 2017 l’une des auteurs les plus en vogue en Amérique Latine, la maîtresse du fantastique argentin, nous avons nommé Mariana Enriquez.

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Imaginez un mélange du style Cortazarien, Puiguien et Spielbergien, avec une touche féministe et vous obtenez le style de Mariana Enriquez. En tout cas c’est ce qu’il nous a été donné de voir mercredi 31 mai à la Médiathèque de Tarentaize. Née à Buenos Aires en 1973, la romancière, nouvelliste et journaliste a révélé un trait bien particulier la caractérisant : un goût immodéré pour l’horreur, le macabre et le gothique.

Le « réalisme magique » pour évoquer la cruauté

C’est en Argentine, le plus souvent à Buenos Aires, dans un contexte urbain et déshumanisé, que Mariana Enriquez exhume les oubliés du passé et du présent. En douze nouvelles macabres, voire même sordides, d’un noir féroce, dont certaines s’appuient sur des faits divers réels, l’auteure opère un léger glissement vers le fantastique ; un fantastique différent de celui de Carroll ou de Lovecraft, bien spécifique à la littérature sud-américaine : on parle de réalisme magique. Ainsi, ce genre est utilisé dans le recueil comme prétexte pour évoquer ou rappeler des faits dont la cruauté, absolument inhumaine, semble relever du surnaturel.

De fait, c’est de souffrance dont il est question dans cette œuvre, qu’il s’agisse des fantômes d’une dictature qu’on ne peut oublier, de la violence effroyable d’une société corrompue, des ravages de la drogue, du trafic d’enfants, de la torture, de la pollution, etc

Las cosas qui perdimos en el fuego

À travers ces nouvelles, Mariana Enriquez nous interroge de manière subtile sur nos sentiments les plus dissimulés et nos propres motivations. En effet, elle nous tend un miroir magique dans lequel viennent se refléter nos difformités, celles que nous pensons bien contrôler ou que nous ignorons complètement. Les personnages, ainsi que les lecteurs sont confrontés à un abîme, celui de la raison humaine.

Une œuvre politique et féministe

L’auteure réussit à nous happer instantanément dans chacune de ses histoires, elle sait faire monter la tension et provoquer dégoût et fascination dans un même élan. Nous avons là un recueil éminemment politique, féministe présentant la femme comme principale victime ; c’est un condensé cathartique des terreurs contemporaines occidentales. Sans nul doute, ce recueil fait de Mariana Enriquez ce qu’on appelle communément « une auteure engagée ».

Seddik Benlaksira, étudiant UJM, modérateur AIR 2017