1917, bouleversements sur tous les fronts…

C’était il y a 100 ans : les Etats-Unis entraient en guerre, les Russes connaissaient deux révolutions, les Canadiens se forgeaient une identité nationale dans les combats, les Poilus, excédés par la durée du conflit, l’âpreté et la folie des combats, multipliaient les mutineries. Blogbuster évoque cette année encore le premier conflit mondial à l’occasion des commémorations de son centenaire.
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La fameuse affiche de James Montgomery Flagg de 1917, pour le recrutement des troupes (Library of Congress)

• « Lafayette, nous voilà !»

Le 6 avril 1917, le Congrès des Etats-Unis vote l’entrée en guerre aux côtés des Français et des Anglais, suite à la demande du Président Woodrow Wilson. La guerre sous-marine à outrance de l’Allemagne, touchant aussi les bâtiments américains pourtant neutres, a largement contribué à faire basculer l’opinion publique vers la guerre.

Le saviez-vous?
L’isolationnisme prédominait aux Etats-Unis, d’autant que nombre d’émigrants installés aux Etats-Unis étaient d’origine germanique. La découverte des manœuvres secrètes de l’Allemagne pour pousser le Mexique à s’allier à elle contre les Etats-Unis a aussi contribué au basculement de l’opinion. Le ministre allemand des affaires étrangères Arthur Zimmermann proposait aux Mexicains de récupérer Texas, Nouveau-Mexique et Arizona après leur victoire commune… De quoi ulcérer le patriotisme du peuple américain.

Néanmoins, les troupes américaines n’arrivent qu’en juin en France, sous le commandement du général Pershing : le 4 juillet, un membre de son état-major, le colonel Stanton, prononce un discours sur la tombe de Lafayette, conclu par le fameux « Lafayette, here we are !»

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Ces troupes ne sont opérationnelles qu’à partir d’octobre, à point nommé cependant car la Russie cherche alors à se retirer du conflit.

• Une révolution en deux temps

La Russie tsariste n’est plus en mesure de supporter l’effort de guerre face à des troupes allemandes mieux préparées. Les restrictions imposées à la population entrainent des troubles sociaux à Pétrograd et un gouvernement libéral et bourgeois dirigé par Lvov puis par Kerenski remplace le tsar Nicolas II suite à la Révolution de Février (du 8 au 13 mars).

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Mais la tension dans le pays est telle que les bolchéviques dirigés par le leader communiste Lénine s’emparent du pouvoir lors de la Révolution d’Octobre (du 7 au 8 novembre). Et ce gouvernement révolutionnaire souhaite se retirer de la guerre « bourgeoise » à tout prix pour se concentrer sur le contrôle d’un pays troublé et exsangue : les pourparlers de paix sont engagés avec l’Allemagne et l’Autriche-Hongrie et débouchent sur un armistice le 13 décembre. Entretemps, le pouvoir bolchévique doit faire face aux débuts d’une guerre civile avec ses opposants.

Le saviez-vous?
– Saint-Peterbourg avait un nom à la consonance trop germanique pendant la guerre. Elle fut donc rebaptisée Pétrograd : toujours la ville de Pierre le Grand, mais avec un nom bien russe…Ceci avant d’être renommée plus tard Léningrad, de la mort de Lénine à la chute de l’URSS…
- La révolution d’octobre a eu lieu en novembre : en effet la Russie tsariste et orthodoxe n’avait pas adopté la réforme du calendrier grégorien instaurée par le pape Grégoire XIII en 1582 et comptait 13 jours de retard…

• Du Chemin des Dames aux mutineries

Sur le front ouest, la grande offensive du printemps est lancée en Champagne, au Chemin des Dames, par le général Nivelle. Mais une fois de plus, les espoirs de victoire rapide s’envolent et le front est à peine entamé, au prix de 200.000 morts ou blessés dans les rangs de l’armée française.

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En réaction à cette nouvelle tuerie, les mutineries se multiplient : certains soldats gardent leurs positions mais refusent de partir pour de nouvelles attaques ; d’autres se rebellent ouvertement. La hiérarchie réagit par une combinaison de répression (3500 condamnations dont 500 à mort, mais au final 50 fusillés réellement) et de volonté d’économiser davantage la vie des hommes et d’améliorer leur sort. Pour autant, les esprits sont durablement marqués par cet épisode contestataire illustré notamment par la chanson de Craonne :

«Adieu la vie, adieu l’amour,adieu ©
Adieu toutes les femmes
C’est bien fini, c’est pour toujours
De cette guerre infâme
C’est à Craonne sur le plateau
Qu’on doit laisser sa peau
Car nous sommes tous condamnés
Nous sommes les sacrifiés »

• Vimy : le Canada se forge une identité

La grande bataille de 1917 du côté de la Grande-Bretagne et de l’empire britannique est celle d’Arras, à laquelle participe des troupes de tout le Commonwealth.

A l’occasion de cette grande offensive, les troupes du corps expéditionnaire canadien conquièrent la crête de Vimy. C’est la première fois que des Canadiens combattent seuls et de façon autonome, et non pas incorporés à des troupes sous commandement britannique. C’est donc une date importante, célébrée par cette nation, qui fête aussi en 2017 le 150ème anniversaire de sa confédération.

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Peinture de Richard Jack – La prise de la crête de Vimy, le lundi de Pâques 1917, source

 

Et pour aller plus loin, retrouvez notre sélection d’ouvrages sur 1917 à la BU Tréfilerie !