Étudiants de santé en souffrance : une cellule de soutien psychologique à la faculté de médecine de Saint-Etienne

Le mal-être ressenti par nombre de futurs médecins durant leur cursus est un tabou qui peine à se briser. Retour sur une situation préoccupante, et sur les initiatives de l’Université face à cette réalité.

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La prise de conscience du malaise

Les études de médecine sont connues pour leur longueur et leur difficulté. Mais l’ampleur de la souffrance psychique vécue par de nombreux étudiants est restée dans l’ombre jusqu’à très récemment.

En 2016, une enquête publiée par le Conseil de l’Ordre des médecins révèle que 14% des quelques 8000 étudiants et jeunes professionnels interrogés se déclaraient en moyenne ou mauvaise santé. La même proportion de répondants faisait état d‘idées suicidaires.[1]

Près d’un an plus tard, le docteur Valérie Auslender publie Omerta à l’hôpital, avec pour objectif de « briser le tabou ». Regroupant les témoignages de 130 internes, aides-soignants et élèves infirmiers, ce livre rend visible la réalité d’une violence quotidienne qui, sans être généralisée, a tendance à être banalisée dans le milieu médical. Il a fait l’objet de nombreuses recensions médiatiques.

La dernière étude en date sur la santé mentale des jeunes et futurs médecins a été publiée le 13 juin dernier. Menée par quatre syndicats d’étudiants, internes et chefs de clinique, cette enquête est de grande envergure : près de 22 000 externes, internes et jeunes médecins y ont répondu. Il en ressort que 66% d’entre eux souffrent d’anxiété, et 28% de troubles dépressifs.[2]

Outre l’existence de situations extrêmes de harcèlement et de maltraitance de jeunes en formation, tel qu’évoqué dans Omerta à l’hôpital, les facteurs explicatifs de ce mal-être tiennent à la confrontation à la maladie et à la mort, à une charge de travail très importante, et, selon Olivier Le Pennetier (président de l’INSI, InterSyndicale Nationale des Internes), à des conditions d’exercice parfois catastrophiques, notamment pour les internes.[3]

Les moyens mis en œuvre à l’Université

Face à ce constat, étudiants, syndicats et universités s’organisent pour mettre en place des campagnes de prévention et dispositifs d’entraide.[4] L’INSI préconise notamment la sensibilisation des étudiants aux risques psycho-sociaux, la valorisation des activités extra-universitaires, et la mise en place de Bureaux d’Interface entre étudiants et Professeurs.[5]

A Saint-Étienne, des professeurs de la faculté de médecine Jacques Lisfranc travaillent sur ces questions. Le groupe de gestion du stress destiné aux internes qui existait depuis l’année dernière a été élargi cette année, pour s’adresser également aux étudiants des 1er et second cycle. Un groupe de parole pour les externes existe, et un « déjeuner éthique » a lieu une fois par mois.

Depuis la rentrée 2017, le professeur Fabrice Zeni, Doyen de la faculté de médecine, propose aux étudiants de la première à la sixième année une information sur les comportements discriminatoires, le sexisme et l’importance du professionnalisme.

De plus, une cellule de soutien psychologique aux étudiants a été créée en 2016.

« Depuis 2010, avec Monsieur le doyen ZENI, nous nous sommes aperçus que nous étions souvent sollicités pour des étudiants en difficulté, nous a expliqué Catherine Massoubre, chef du pôle psychiatrie du CHU de Saint-Étienne. Le fait que je sois psychiatre est apparu très utile dans de  nombreuses situations et nous avons pensé qu’il fallait pérenniser le dispositif (car nous ne serons pas toujours au bureau de direction de la Faculté). »

Une adresse email a donc été créée : medecine-cellulesoutien@univ-st-etienne.fr. Les étudiants peuvent y envoyer leurs messages, qui sont réceptionnés par trois professeurs, lesquels orientent ensuite les personnes en difficulté en fonction des problèmes évoqués.

« La cellule existe depuis début décembre 2016 et nous avons été sollicités 19 fois par l’intermédiaire de l’adresse de la cellule. Mais le doyen et moi-même continuons à recevoir des étudiants qui s’adressent directement à nous. En tout, nous avons eu au moins 50 sollicitations entre la cellule et les demandes directes. » indique le professeur Massoubre.

Les raisons pour lesquelles les étudiants demandent de l’aide vont de difficultés scolaires et/ou professionnelles (démotivation, découverte d’un monde médical ne répondant pas aux attentes des étudiants au moment des stages…) à des problèmes plus profonds, ou d’ordre plus personnel (mal-être, difficultés à prendre des décisions face aux patients, problèmes psychologiques voire psychiatriques, problèmes de santé, problèmes familiaux…). En cas de besoin, il ne faut donc pas hésiter à se tourner vers ce dispositif.

Plus largement, l’Université Jean Monnet mène des actions tout au long de l’année en faveur du bien-être des étudiants.

Et à la bibliothèque ?

Le rôle de la BU Santé est d‘accompagner les étudiants tout au long de leur cursus : la mise à disposition de documents, d’espaces de travail, le prêt de matériel vont dans ce sens.

Le mobilier de la BU Santé - Pôle Santé Nord

Le mobilier de la BU Santé – Pôle Santé Nord

Mais au-delà de cette mission d’aide documentaire, les bibliothécaires ont eu à cœur de mettre en place des actions en faveur du bien-être des étudiants : par exemple, l’aménagement d’un espace détente avec distributeurs de nourriture et de boissons à l’entrée de la BU Santé, la mise à disposition d’assises cosy et cocooning,  la création d’un fonds de bande-dessinées, DVD et romans, l’acquisition des ouvrages consacrés aux conditions de travail des étudiants et personnels soignants, tels que cet ouvrage, ou encore cette BD

Hamac dans l’espace forum de la BU Santé – Pôle Santé Nord

Enfin, la salle de sieste de la BU Santé donne à ceux qui le souhaitent la possibilité de décrocher quelques instants dans un cadre apaisant.

En cas de coup de fatigue, n’hésitez pas à venir y faire un tour.


[1] https://www.conseil-national.medecin.fr/node/1726

[2] http://www.lemonde.fr/sante/article/2017/06/13/66-des-futurs-et-jeunes-medecins-souffriraient-d-anxiete_5143429_1651302.html

[3] https://www.ouest-france.fr/europe/france/anxiete-depression-l-inquietante-sante-mentale-des-jeunes-medecins-5059264

[4] Voir sur ce sujet l’article du Quotidien du médecin de 27/11/2017 : «  Burn-out : les internes au secours de leurs pairs »

[5] http://www.isni.fr/wp-content/uploads/2017/07/EnqueteSanteMentale.pdf