Tout savoir sur la physiologie humaine dans l’espace

Entretien avec Laurence Vico, directrice du laboratoire Inserm-Sainbiose à l’UJM

Que savons-nous des effets de l’espace sur notre corps humain ? Jusqu’au 29 mai 2018, les BU de Saint-Etienne et de Roanne accueillent en partenariat avec le Master 1 Ingénierie de la santé une exposition sur ce thème. Pour aller plus loin , l’équipe de la BU Santé est allée interviewer Laurence Vico, Directrice du laboratoire Inserm-Sainbiose, dont l’un des axes de recherche porte sur les changements que les vols spatiaux induisent sur la structure des os.

Laurence Vico, Directrice du laboratoire SAINBIOSE

Franck Lethimonnier, Directeur de l’Institut Technologie pour la Santé et Laurence Vico

Vos travaux de recherche portent sur la gravité et leurs effets sur le squelette, pourriez-vous nous expliquer les raisons qui vous ont amené à vous intéresser à la physiologie de l’espace ?

Notre recherche vise à comprendre comment les cellules osseuses perçoivent les modifications de contraintes mécaniques et traduisent ces signaux en réponse biologique. L’espace est un modèle extrême où la gravité n’agissant plus, on a une hypokinésie et une hypodynamie combinées.

L’accord-cadre CNES-INSERM signé le 12 septembre 2016 permet d’envisager une coopération forte dans le domaine de l’espace et de la santé. En quoi cet accord offre-t-il la possibilité d’explorer davantage le champ de l’étude de l’être humain dans l’espace ?

Les équipes INSERM sont dédiées à la santé et offrent donc les compétences nécessaires au développement de ce que l’on appelle maintenant la médecine spatiale : une nouvelle branche de la médecine qui aborde les défis physiologiques, médicaux, psychologiques et épidémiologiques de la vie à l’extérieur de l’atmosphère de la Terre. On espère également des financements INSERM –CNES à venir.

Une des premières applications de cet accord-cadre a été le vol dans l’espace de l’astronaute Thomas Pesquet de novembre 2016 à juin 2017. De quelle manière, le laboratoire Sainbiose s’inscrit-il encore aujourd’hui dans cette expérience ?

Le laboratoire SAINBIOSE a été le premier à montrer une absence de récupération osseuse après des missions de 6-mois à bord de la station spatiale MIR. Depuis un appareil tomographique haute résolutions a été mis au point, permettant d’apprécier la microarchitecture de l’os. C’est cet appareil, installé à la Cité des Etoiles près de Moscou, que nous utilisons avant et après les missions de 4 à 6 mois voire d’un an à bord de l’ISS. Le suivi post vol va de 12 à 18 mois. Thomas Pesquet fait partie du groupe des cosmonautes/astronautes que nous suivons.

Comment suivez-vous actuellement Thomas Pesquet sur le plan médical ?

Thomas Pesquet a des mesures tomographiques et prises de sang avant le vol, et après son séjour dans l’ISS : après l’atterrissage, puis de nouveau à 3, 6 et 12 mois afin de suivre sa récupération ou son absence de récupération. Nous ferons aussi des analyses sanguines des marqueurs osseux de formation et de résorption osseuses.

Quelles sont les principales implications sur la santé d’un voyage dans l’espace ?

Globalement il y a une adaptation de toutes nos fonctions ce qui engendre des modifications cardiovasculaires, locomotrices, neurosensorielles …. Il semble qu’il soit plus difficile de se réadapter au retour sur terre.

Y-a-t-il des pathologies particulières ?

On ne peut pas parler de pathologies avérées sauf dans des cas très rares où des problèmes ophtalmologiques sont apparus, probablement en lien avec la migration des liquides corporels vers les régions thoraco-céphaliques. Cela pourrait poser problème pour les vols de plus longue durée (pour Mars par ex). Pour ces longs vols, on craint aussi la survenue de calculs rénaux, suite à la fuite de calcium dans les urines due à l’augmentation de la résorption osseuse.  Enfin la perte musculaire et osseuse pourrait constituer un risque lors de sorties extravéhiculaires ou d’« atterrissage » sur une autre planète telle que Mars. 

Exposition - BU Santé

Exposition – BU Santé

La bibliothèque universitaire de Saint-Etienne propose aujourd’hui une exposition consacrée à la physiologie de l’espace, réalisée grâce aux travaux d’étudiants de Mme Strigini, enseignante au sein du Master Ingénierie de la santé. Selon vous, est-ce que la bibliothèque peut jouer un rôle dans l’activité de la recherche, et si oui, comment ?

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Oui bien sûr ne serait-ce qu’en éveillent la curiosité des étudiants. Il est important que toute la communauté soit informée des recherches qui se font dans les laboratoires, qui est une richesse de notre territoire.