Mai 1968, mai 2018…

« La France s’ennuie » … et pourtant…

L’anecdote est connue : Pierre Vianson-Ponté écrivait cette phrase dans les colonnes du journal Le Monde du 15 mars 1968 (disponible en volume relié, à la BU Tréfilerie, cote GP 6 !) ; d’après lui, les Français sont peu impliqués dans les soubresauts de la planète : débats sur la guerre du Vietnam, révolutions à travers le monde, agitations étudiantes ou ouvrières…Il faut dire que le pays connaît la paix depuis la fin de la guerre d’Algérie et la prospérité économique des Trente Glorieuses.

Alternative_libertaire_1988-1Pourtant, dès le 22 mars, commencent les prémices des événements de mai-juin 68 qui vont démentir ce jugement sur une France qui serait calme et apathique. Des étudiants contestataires occupent la faculté de Nanterre, pour protester contre l’arrestation de deux des leurs après une manifestation contre la guerre du Vietnam. C’est le début d’un mouvement qui va secouer le pays et surprendre le pouvoir.

Car tout n’était pas si stable dans la France de 1968 : les étudiants sont devenus bien plus nombreux (150 000 en 1956, 500 000 en 1968), la jeunesse aspire à se débarrasser des carcans d’une société perçue comme conservatrice, les courants d’extrême-gauche (trotskistes, maoïstes, anarchistes, libertaires…) rencontrent un succès grandissant, tandis que  le chômage  a augmenté jusqu’à atteindre 500 000 personnes et que le général de Gaulle connaît une véritable usure du pouvoir après 10 ans à l’Élysée.

Quelques jalons :

  • 3 mai : La Sorbonne, occupée par des manifestants,  est évacuée par les forces de police suite à la demande du recteur de Paris et des heurts violents s’ensuivent (des facsimilés de tracts et documents militants sont reproduits dans l’ouvrage d’Eric Alary).
  • 10 mai : Lycéens et étudiants dressent des barricades dans le Quartier Latin et sont délogés par la police après une nuit marquée par les affrontements.
  • 13 mai : Une grande manifestation a lieu à Paris à laquelle les syndicats de salariés se sont ralliés ; dès lors les grèves font tache d’huile dans tout le pays qui se paralyse au fil des jours : occupations d’usines, pénuries, nuits des barricades  prenant une tournure insurrectionnelle et même…clôture anticipée du festival de Cannes !
  • 24 mai : apogée du mouvement de contestation avec de nombreuses manifestations et de violents affrontements dans la nuit, à  Paris et en Province, alors que le général de Gaulle intervient à 20 heures à la télévision.
  • 25-27 mai : Georges Pompidou négocie avec les syndicats les accords de Grenelle qui prévoient notamment une augmentation de 10 % des salaires (et de 35 % pour le SMIG) et la  possibilité de création de section syndicale dans chaque entreprise. Ces accords, sans être formellement paraphés, ni  toujours validés par la base, marquent le début d’une sortie de crise face aux revendications sociales.
  • 30 mai : Le général de Gaulle après avoir disparu une journée à Baden-Baden, convoque des élections législatives anticipées, alors que les gaullistes lui manifestent leur soutien sur les Champs Elysées derrière Michel Debré et André Malraux.
  • Mi-juin : le travail reprend progressivement, non sans difficultés et dissensions, tandis que 12 mouvements d’extrême gauche sont dissous et que la Sorbonne est évacuée.
  • 30 juin : au 2ème tour des élections législatives, l’UDR gaulliste remporte 60 % des sièges à l’Assemblée nationale. La peur du désordre et la crainte de perdre les bénéfices des accords de Grenelle font que le pouvoir gaulliste, pourtant chancelant un mois auparavant, clôt la crise politique en vainqueur.
50 ans de mai 68 : sélection

50 ans de mai 68 : sélection

Juillet 1968, Paris

Pour autant, l’héritage de mai 68 est bien réel : d’un point de vue politique, social et sociétal, culturel, etc… l’on pourrait parler de la réforme de l’Université par Edgar Faure qui va donner lieu à la création de nouvelles universités, dont la nôtre qui fêtera l’an prochain ses 50 ans.

Vous trouverez un grand nombre d’ouvrages sur ces événements à la BU Tréfilerie, n’hésitez pas à les consulter :-)

A découvrir également :  l’exposition virtuelle « Esprit(s) de mai 68″ proposée par la BnF et consultable depuis chez vous.