Remontez le temps…

et suivez un guide prestigieux en découvrant l’Auvergne à travers les yeux d’un écrivain du XIXème siècle …
Guy de Maupassant - Photographie de Nadar - Source : wikipedia

Guy de Maupassant – Photographie de Nadar – Source : wikipedia

Sur les six romans de Maupassant, un seul a pour décor cette région. Il s’agit du troisième : « Mont-Oriol », paru en 1887. C’est par la bouche de l’un des protagonistes, Paul Brétigny, que l’auteur  qualifie la région de : « …pays le plus séduisant, le plus doux, le plus reposant que j’aie jamais vu. Un pays de l’âge d’or. »

Écoutez-le raconter, dans le journal Le Temps du 12 février 1887, comment il a écrit ce livre : « …presque malgré moi, après un mois de rêveries promenées à travers la Limagne, dans un pays de douceur extraordinaire qui m’a enveloppé, amolli, attendri. J’ai pris plaisir à rêver Mont-Oriol, couché dans les bois, sur cette terre qui embaume, avec les horizons bleus de la Limagne déroulés à mes pieds. »

L’histoire se passe à Enval, « …petit village noyé sous des arbres énormes dont les troncs tordus semblaient aussi gros que les maisons… », dans « ce superbe vallon d’Auvergne, sauvage et gai pourtant, planté de noyers et de châtaigniers géants… ».

Sur les hauteurs, les promeneurs découvrent la plaine de la Limagne, « …une plaine infinie qui donnait aussitôt à l’âme la sensation d’un océan… », « Mais comme on se trouvait tout juste sur la ligne de séparation des plaines et de la montagne, celle-ci s’étendait à gauche, vers Clermont-Ferrand, et s’éloignant, déroulait sur le ciel bleu d’étranges sommets tronqués… ». Entre deux cimes, ils peuvent apercevoir « …le Puy de Dôme, le roi des monts auvergnats, puissant et lourd, et gardant sur sa tête, comme une couronne posée par le plus grand des peuples, les restes d’un temple romain. »

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Gorges d’Enval. Source : wikipedia

On peut suivre le ruisseau d’Enval, dont « la gorge, de plus en plus resserrée et tortueuse, s’enfonce dans la montagne », « crevasse sauvage et superbe », jusqu’à sa source, appelée « la Fin du Monde*». « On franchit des pierres énormes. On passe sur de gros cailloux la petite rivière, et après avoir contourné un roc haut de plus de cinquante mètres qui barre toute l’entaille du ravin, on se trouve enfermé dans une sorte de fosse étroite, entre deux murailles géantes, nues jusqu’au sommet couvert d’arbres et de verdure. Le ruisseau forme un lac grand comme une cuvette… » « …on eût dit une de ces introuvables retraites où les poètes latins cachaient les nymphes antiques». Son héroïne, Christiane, la compare à « la chambre d’une fée».

Gour de Tazenat. Source : Wikipedia

Gour de Tazenat. Source : Wikipedia

En landau six places tiré par trois chevaux, l’excursion, jusqu’au petit lac de Tazenat appelé Gour de Tazenat, prend trois heures au départ d’Enval (aujourd’hui ces dix-sept kilomètres se font en moins d’une demie heure).

Il est « formé par le dernier cratère de la chaîne d’Auvergne ». Le voici ainsi décrit par Maupassant : « …dans un vaste et profond cratère un beau lac frais et rond ainsi qu’une pièce d’argent. Les pentes rapides du mont, boisées à droite et nues à gauche, tombaient dans l’eau qu’elles entouraient d’une haute enceinte régulière. Et cette eau calme, plate et luisante comme un métal, reflétait les arbres d’un côté, et de l’autre la côte aride avec une netteté si parfaite qu’on ne distinguait point les bords et qu’on voyait seulement dans cet immense entonnoir où se mirait, au centre, le ciel bleu, un trou clair et sans fond qui semblait traverser la terre percée de part en part jusqu’à l’autre firmament. »

Château de Tournoel - Photo CC0

Château de Tournoël – Photo CC0

S’il n’est pas fait mention de Volvic dans le roman, les personnages vont pourtant se promener à pied jusqu’au château de Tournoël sous la clarté de la lune. « Tout-à-coup, au détour de la route, ils découvrirent Tournoël. L’antique château, debout sur son pic, dominé par sa tour haute et mince, percée à jour et démantelée par le temps et par les guerres anciennes, dessinait, sur un ciel d’apparitions, sa grande silhouette de manoir fantastique. »

Au XIXème siècle, les carriers et les tailleurs de pierre de la région étaient aussi des vignerons d’où la présence des vignes dans les descriptions du paysage faites par Maupassant : « …un sentier étroit à travers les vignes… » « …le versant de la côte tapissée de vignes… » « …l’odeur de la vigne en fleur… ».

Ce roman n’est pourtant pas un guide touristique. C’est avant tout une magnifique et tragique histoire d’amour, sublimée par le somptueux décor des paysages, avec en arrière-plan la construction d’une ville d’eaux et les spéculations financières qui vont avec.

Si cette courte visite vous a plu, vous a donné envie de découvrir « le charme du grand pays, l’air savoureux, cette Limagne bleue, et si vaste qu’elle sembl(e) agrandir l’âme, ces cratères éteints sur la montagne, […], la fraîcheur des ombrages, le bruit léger des ruisseaux dans les pierres… », alors partez sur les chemins auvergnats avec le roman de Guy de Maupassant dans votre poche…empruntable dans votre bibliothèque !

*Le nom a-t-il changé ou est-ce une erreur de Maupassant, cette source est appelée aujourd’hui « le Bout du Monde ».

Source : les extraits du roman sont tirés de l’édition Flammarion (GF n° 547) de 1990 / ISBN : 2-08-070547-4