A la onzième heure, du onzième jour, du onzième mois…

Il y a 100 ans, prenaient fin les hostilités de la Grande Guerre. L’Armistice, signé en forêt de Rethondes à 5h15 le 11 novembre 1918, prévoyait en effet un cessez-le-feu à 11h00 sur le front franco-belge.

 

La Une de la Loire républicaine du 12 novembre 1918. source : Archives départementales de la Loire

La Une de la Loire républicaine du 12 novembre 1918. source : Archives départementales de la Loire

L’année 2018 voit aussi se clore les commémorations du centenaire du premier conflit mondial et la série d’articles , de présentations et sélections d’ouvrages et d’animations initiée en 2014 à la BU.

Revenons donc sur les faits marquants de cette année 1918.

Brest-Litovsk et la fin du front russe

La Révolution d’Octobre (si vous avez oublié cet épisode, relisez notre article de l’an dernier !) entraîne dans la foulée le retrait de la Russie, désormais bolchévique, de la guerre « bourgeoise », cette guerre qui a tant épuisé le pays et abouti aux deux révolutions de 1917. Dès la fin novembre, les officiels russes sollicitent un armistice ; il est signé le 15 décembre 1917 et permet un cessez-le-feu de deux mois.

Lénine espère que les ouvriers allemands vont se révolter et que cela mettra fin à la guerre des puissances impérialistes sans cuisante défaite russe. Mais il n’en est rien. L’Allemagne favorise des séparatistes finlandais, baltes, biélorusses et ukrainiens, puis  reprend des offensives victorieuses mi-février, à la fin du cessez-le-feu. La débâcle s’annonce…

Le 3 mars, sur ordre de Lénine, les délégués russes signent le traité de Brest-Litovsk : une paix bien humiliante pour la Russie, qui perd de nombreux territoires et doit livrer 94 tonnes d’or. Mais les bolchéviques vont désormais pouvoir concentrer leurs efforts sur la consolidation de leur pouvoir, alors que le pays sombre dans la guerre civile.

Un printemps allemand …

L’espoir de l’état-major allemand est alors de rapatrier ses troupes du front russe vers le front ouest, pour créer un déséquilibre en sa faveur. Le temps presse : les troupes américaines débarquent en nombre, surtout depuis octobre 1917, et vont devenir rapidement opérationnelles. Donc à partir de là, le déséquilibre sera en défaveur de l’Allemagne.

Hindenburg et Ludendorff  ordonnent donc une reprise de la guerre de mouvement et lancent plusieurs offensives qui font reculer les Alliés entre mars et juillet. Pendant ce temps, des canons tirant à plus de 120 kilomètres (et surnommés « Grosse Bertha » par les Parisiens) bombardent Paris et sèment l’effroi chez les civils.

… mais un reflux allemand dès l’été

Le train où a eu lieu la signature de l’armistice du 11 novembre 1918, en clairière de Rethondes (on reconnait, 2ème en partant de la droite, le général en chef des forces alliées Ferdinand Foch). Source : Wikipedia

Le train où a eu lieu la signature de l’armistice du 11 novembre 1918, en clairière de Rethondes (on reconnait, 2ème en partant de la droite, le général en chef des forces alliées Ferdinand Foch). Source : Wikipedia

A partir d’août, c’en est fini de l’avancée allemande et les généraux comprennent qu’un reflux inexorable commence.

Entre le 29 septembre et le 4 novembre, tous les alliés de l’Allemagne demandent un armistice : la Bulgarie, l’empire ottoman puis l’Autriche-Hongrie.

Quand Guillaume II est contraint à abdiquer, le 9 novembre, et que la situation devient insurrectionnelle en Allemagne, les pourparlers d’armistice sont en cours. Ils aboutissent donc le 11 novembre et entrainent un mouvement de joie chez les vainqueurs et de soulagement ou d’incrédulité chez les vaincus, sur le front comme à l’arrière.

Dolchstoßlegende  (le mythe du « Coup de poignard dans le dos ») en Allemagne

Les nationalistes allemands, et tout particulièrement les nazis, et même une bonne partie de la hiérarchie militaire, ont entretenu un mythe : l’Allemagne aurait été trahie par l’arrière. Et dans l’arrière, les uns et les autres mettent les civils, les républicains,  les sociaux-démocrates, les révolutionnaires spartakistes, les Juifs. Certes, l’Allemagne a demandé l’armistice dans une situation de désordre intérieur et sans que ses troupes soient en déroute, ni son territoire envahi.

Pourtant les historiens ont clairement démontré que, au moins depuis septembre, l’état-major comme le gouvernement du Reich avaient compris que la défaite était inéluctable et qu’il valait mieux obtenir au plus vite un cessez-le feu avant que les Alliés prennent la mesure de leur possible victoire et avant que l’Allemagne ne soit envahie. Mais Guillaume II, jusqu’à son abdication forcée, a refusé cette idée, s’accrochant au trône et rejetant l’éventualité d’une défaite. Les mêmes généraux  (Hindenburg et Ludendorff, au premier rang) qui chercheront à se disculper de la défaite ont laissé des écrits montrant leur prise de conscience claire d’une défaite inévitable et d’un armistice nécessaire.

Ce mythe d’une armée allemande invincible, invaincue et trahie n’a pas été sans conséquence : il a entraîné une violence politique contre la République de Weimar dans les années 1920 et fourni un terreau nationaliste et revanchard propice au futur parti nazi d’Hitler.

La Victoire et la Paix ?

France

Dans la Loire, comme ailleurs en France, villes et villages ont vu fleurir des monuments aux morts en hommage aux victimes de la Grande Guerre.

Les soldats ne sont démobilisés que très progressivement au fil des mois suivants, parfois un an après. D’autres meurent de leurs blessures bien après que les canons se sont tus, dans les hôpitaux militaires, tandis que les « Gueules cassées » et autres blessés vont conserver à vie les séquelles du conflit.

Le Monde sort bouleversé de ces plus de quatre années meurtrières : plus de 9 millions de soldats et presque autant de civils sont morts ; les blessés sont estimés à 21 millions. Les zones de conflit sont en ruine avec des villages rasés et des paysages défigurés, gardant en leur sein restes humains et obus jusqu’à nos jours. La  société, les mentalités, l’économie, la tactique militaire, la politique et la culture  ont radicalement changé depuis 1914 et le XIXème siècle est bien fini.

Le traité de Versailles, signé le 28 juin 1919 (5 ans après l’attentat de Sarajevo) met fin officiellement à la guerre avec l’Allemagne et d’autres traités annexes concernent ses alliés. La carte de l’Europe est redessinée avec la fin des empires.

La signature du traité de Versailles instaurant les conditions de paix le 28 juin 1919 - Vidéo INA

La signature du traité de Versailles instaurant les conditions de paix le 28 juin 1919 – Vidéo INA

Les anciens combattants espéraient que ce serait la « Der des ders ». L’on sait aujourd’hui ce qu’il en a été : dans les imperfections et les rancœurs de la paix se trouvaient les ferments du second conflit mondial, à peine vingt ans plus tard.

Pour aller plus loin…