A la découverte de Pint of Science à Saint-Etienne : 20 mai 2019

Du lundi 20 au mercredi 22 mai se tiendront les journées mondiales Pint of Science. Cette année, ce festival sera (enfin) proposé à Saint-Étienne dans deux bars de la place Jean Jaurès. Ne ratez pas l’occasion d’échanger avec des chercheurs de l’université Jean Monnet autour d’une pinte (ou autre) sur les dernières avancées de leurs recherches.

Les bibliothécaires des BU de Saint-Étienne ont rencontré ces chercheurs qui se sont prêtés au jeu de l’interview pour vous parler de cet événement et  aussi vous suggérer des lectures passionnantes pour vous permettre prolonger votre expérience Pint of Science et surtout vous faire partager leur savoir et leur passion des sciences.

Pint of Science : la bière et la science ???

Le festival Pint of Sciences est un événement un peu moins connu en France que d’autres pays…et pourtant…Le concept de cet événement a été inventé en 2012 par deux chercheurs londoniens Michael Motskin et Dr Praveen Paul qui découvrent en donnant accès à leurs laboratoire que le grand public s’avère curieux et fasciné par les sciences.

« Comment renouveler cette expérience ? »

De là est née l’idée de réunir dans un bar – lieu de détente et de convivialité accessible à tous – des scientifiques et la population pour faire connaître à tous l’univers des sciences et de la recherche. Quelques années plus tard, en 2019, cet événement se déroule dans 24 pays et 400 villes du monde. Ces 5 dernières années, Pint of Sciences a créé beaucoup d’émules en France et le nombre national de participants a été multiplié par 12 !

 

Evolution-PoS-FR-2018-FR

En 2019, les 6 interventions proposées par Pint of Science Saint-Étienne sur 3 jours (2 interventions par soir) reprendront les 6 thématiques du programme officiel Pint of Science France :

 

  • Les merveilles de l’esprit (neurosciences, psychologie et psychiatrie)
  • Des atomes aux galaxies (chimie, physique et astrophysique)
  • Notre corps (sciences du vivant)
  • Planète  Terre (sciences de la terre, évolution et zoologie)
  • Star tech (technologie et ordinateurs)
  • De l’Homme aux civilisations (droit, histoire, politique)

 

Pour attiser votre soif de savoir, les BU de l’UJM publient durant ces 3 jours de festival, des interviews exclusives des chercheurs qui animeront ces 3 soirées.

 

Pint of Science à Saint-Étienne : 20 mai 2019

 

TitreInterviewMédia, représentations & discriminations (19h-21h30, Café Les Jardins, 9 Place Jean Jaurès)

« Dans les représentations médiatiques, tout le monde a un corps parfait. Et gare à celles et ceux qui dérogent à la règle ! Les personnes en surpoids sont particulièrement discriminées. Comment cela se manifeste-t-il ? Peut-on lutter contre cette discrimination ? Marielle Toulze, anthropologue de la communication, nous donnera quelques outils pour lutter contre la grossophobie.

Rencontre avec Marielle Toulze, Chercheure en anthropologie de la communication à l’Université Jean Monnet de Saint-Étienne

Pourquoi avez-vous eu envie d’intervenir dans Pint of Science ?

Marielle Toulze (M.T.) : Pint of Sciences est un festival de recherche original. j’ai tout de suite adhérer à l’idée de parler de sa recherche « hors les murs » de l’université et de croiser des disciplines très variées.

Trouvez-vous que c’est une bonne idée d’emmener les sciences dans un bar ? Qu’est-ce qui change par rapport à des événements de vulgarisation habituels ?

M.T : je trouve que c’est une excellente idée ! les bars sont des lieux de convivialités, d’échanges et de rencontres. l’idée de venir présenter ces recherches dans un bar permet (je l’espère) une approche plus décomplexée, au plus près des gens pour discuter avec eux. je suis impatiente de tester ce format de rencontre !

Est-ce que vous trouvez que c’est important pour vous, en tant que chercheuse, de participer à de tels événements ? Pourquoi ?

M.T. : mon travail de chercheuse en sciences sociales consiste à produire des connaissances autours des problématiques qui émergent dans nos sociétés. Il est vitale que cette connaissance soit ensuite diffuser et pas seulement dans un « entre soi de chercheurs et chercheuses » mais bien au-delà de ce périmètre, sinon cela devient une pensée sclérosante ! Mon but est d’apporter ma petite pierre à l’édifice des connaissances qui se construisent et de les diffuser auprès du plus grand nombre. L’exercice de présenter ses recherches auprès d’un public « non initié » est, selon moi, un très bon exercice. c’est là que l’on se rend compte si notre propos est compréhensible et si il fait écho aux questions que peuvent se poser le public.

Votre intervention porte sur les représentations et les discriminations à travers les médias. C’est un sujet qui touchera le grand public et nous en sommes ravis ! Mais comment mène-t-on des recherches sur un sujet dénoncé et à la fois entretenu par notre société ?

M.T. : Ah ah ! Question difficile ! et bien venez m’écouter le 20 mai au café des jardins, et je vous dirais tout ;-)

Quel est votre objectif au delà de vos recherches ? Avez-vous plutôt une approche de terrain ou souhaitez-vous mener une analyse toujours plus poussée de ces mécanismes complexes ?

M.T. : la question ne se pose pas (en tout cas pour moi) comme ça. Nous sommes dans une société de plus en plus complexe et la recherche a nécessité à être multiple. je m’explique : multiple dans ses approches disciplinaires, ce que l’on appelle la pluridisciplinarité, tant les problèmes qui se posent à jour dans nos sociétés sont complets. Multiple également dans les méthodologies. Là encore, pour saisir un problème, il faut croiser les expertises et les méthodes d’approches. sur les discriminations, il est essentiel pour moi de pouvoir à la fois donner des chiffres, des statistiques, des données quantifiables pour que l’on saisisse l’ampleur du problème. c’est pourquoi, je travaille beaucoup avec des sociologues, comme Arnaud Alessandrin. Mais il est tout autant nécéssaire de laisser la parole aux personnes discriminées, sous peine de les invisibiliser à notre tour ! j’accorde beaucoup d’importance au « terrain », c’est à dire aux individus. Écouter les récits des personnes, partager quelques instants de leurs vie, de leurs expériences…. c’est très riche en émotion et en expérience. c’est l’une des raisons pourquoi j’aime tant mon métier de chercheuse, cela m’a permis de faire des rencontres formidables !

Quelles réactions du public attendez-vous ?

M.T : J’espère que nous aurons des échanges riches et bienveillants. je crois qu’un public silencieux serait pour moi le signe que j’ai raté ma présentation. En somme, j’espère être à la hauteur de ses attentes. ;-)

Pour poursuivre ces échanges au delà de la Pint…des suggestions…

1. de lectures/références que vous recommanderiez au public s’il souhaite en savoir plus sur le thème que vous allez nous présenter ?

  • « Parcours de soin, parcours de genre » sous la direction Anastasia Meidani et Arnaud Alessandrin, Presse universitaire du Mirail, 2018
  • « Santé et discrimination », sous la direction d’Anastasia Meidani et Marielle Toulze, Les cahiers de Luttes Contre les Discriminations (LCD), 2018, numéro 5.
  • « Gros n’est pas un gros mot, Chronique d’une discrimination ordinaire », Daria Marx et Eva Perez-Bello, Collectif Gras Politique, Librio, 2019

2. de lectures/références qui ont joué un rôle clé dans votre parcours de chercheuse ?

  • De tout petit liens, françois Laplantine
  • Phénoménologie de l’esprit, Merleau-Ponty
  • On n’y voit rien, Daniel Arasse
  • « Anthropologie de la communication », de la théorie au terrain, Yves Winkin, Seuil, Point essais, 2000.
  • Le moi-peau, Daniel Anzieu
  • Deleuze, Michel Foucault, Alain Mons,Patrick Baudry, Marcel Griaule, Emmanuel Hocquard, ….
Mais aussi des films  comme Blow-up d’Antonioni, Haunting House, et des peintres comme Le Tintoret, Le Caravage, Sol Lewitt, , etc. des photographes : Raymond Depardon, Alain Fleischer,
On aura l’occasion d’en reparler. Une formation intellectuelle cela passe aussi par des œuvres, des musiques, des écrits, bref encore des rencontres:-)

Retrouvez toutes ces références sur BRISE-ES, le catalogue des BU de Saint-Étienne et Roanne.

 

TitreInterviewCyber-sécurité & Intelligence artificielle (19h-21h30, Le Méliès Café, 10 Place Jean Jaurès)

« L’intelligence artificielle fascine autant qu’elle effraie. Mais de quoi est-elle vraiment capable ? Grâce à nos deux pros des neurones artificiels, vous allez vous-même pouvoir tester ses redoutables pouvoirs… »

Rencontre avec Brice Colombier (Chercheur post-doctorant en cybersécurité au laboratoire Huber Curien à Saint-Étienne) et Damien Robissout (Doctorant UJM en Sécurité et Data intelligence)

Pourquoi avez-vous eu envie d’intervenir dans Pint of Science ?

Brice Colombier (B.C.) :

Depuis le début de ma thèse, en octobre 2014, j’ai régulièrement participé à des évènements de vulgarisation scientifique, comme la Fête de la Science ou Ramène ta Science, et j’ai adoré cela. Explorer un nouveau format, comme celui de Pint of Science, m’a donc semblé très intéressant.

Damien Robissout (D.R.) :

Cela faisait quelque temps que je m’intéressais à la vulgarisation scientifique. J’avais notamment eu l’occasion de suivre un cours d’épistémologie et de vulgarisation pendant mes études, donc, quand l’occasion s’est présentée de participer à un tel événement, je n’ai pas hésité très longtemps.

 

Trouvez-vous que c’est une bonne idée d’emmener les sciences dans un bar ? Qu’est-ce qui change par rapport à des événements de vulgarisation habituels ?

B.C. : Je trouve que c’est une très bonne chose. Cela permettra de parler de science dans un cadre détendu. J’espère que cela amènera beaucoup de discussions et d’échanges, ce qui est l’objectif de ces évènements de vulgarisation scientifique.

D.R. : Je pense que c’est une bonne idée en effet. Comparé à d’autres événements, être dans un bar devrait aider à casser la barrière en les participants et les spectateurs. Je pense que les échanges pourront se faire plus facilement avec le public. Et c’est aussi plus accessible pour des personnes qui n’ont pas nécessairement l’habitude d’assister à ce genre d’événements.

 

Est-ce que vous trouvez que c’est important pour vous, en tant que chercheurs, de participer à de tels événements ? Pourquoi ?

B.C. : Je pense que c’est primordial. Pour moi, le chercheur est au service de la société et doit donc y être intégré. Pour cela, nous devons donc expliquer ce que nous faisons, les problèmes que nous voulons résoudre, comment nous procédons, etc. Les évènements de vulgarisation permettent de parler de notre recherche autrement. Ceci est traditionnellement fait dans des revues scientifiques, mais ces dernières sont inaccessibles au grand public. D’un point de vue plus pratique, nous sommes de plus majoritairement financés par de l’argent public, donc les impôts de tous. Je trouve donc normal que les citoyens aient le droit de savoir ce que nous faisons et que nous leur l’expliquions.

D.R. : Oui je pense que c’est important. J’ai de plus en plus la sensation qu’une distance s’établit entre la communauté scientifique et le grand public. Toute occasion de les rapprocher est donc bonne à prendre. C’est aussi une façon de casser les mythes et idées reçus qui existent toujours sur les scientifiques (particulièrement en informatique) et montrer au grand public qu’ils ne sont pas si différent d’eux au contraire. Et qui sait cela peut aussi permettre à des gens de se découvrir de nouvelles passions.

 

Qu’allez-vous nous démontrer durant votre intervention (sans tout nous dévoiler…) ?

B.C. : Nous allons présenter une méthode relativement récente permettant de retrouver un message secret manipulé par un appareil électronique, comme un smartphone par exemple. Cette méthode, qui fait appel au deep learning, est très efficace. Cela sera donc l’occasion de parler de cybersécurité et de deep learning, deux thématiques très en vue.

D.R. : Nous allons démontrer que le Deep Learning, qui est très à la mode en ce moment, peut à la fois être utilisé à des fins malveillantes mais peut aussi être très utile pour se protéger.

 

Très brièvement, comment voyez-vous l’évolution de l’intelligence artificielle, par delà tout l’imaginaire positif ou très pessimiste qu’elle suscite ?

B.C. : Je pense que ce terme est trop utilisé, parfois à tort. Dans notre cas, je préfère celui d’apprentissage automatique. Cela casse le mythe d’une machine qui serait « intelligente », qui aurait presque une conscience. Dans la plupart des cas, ces techniques ne sont rien de tout cela et leurs fonctionnement et performance peuvent être très bien expliqués. Ces méthodes ont le vent en poupe, mais elles tirent surtout leur efficacité des énormes capacités de calcul aujourd’hui disponibles. Il n’y a rien de magique. Je pense donc qu’il faut nuancer les notions associées à l’intelligence artificielle, pour ne pas en faire un domaine obscur mais qui doit être expliqué.

D.R. : Pour moi, l’intelligence artificielle et l’utilisation qu’on en fait ont deux extrêmes. D’un côté elle apporte des outils très performants pour de nombreuses tâches comme par exemple ses applications en médecine. De l’autre si l’on ne régule pas son utilisation elle peut aboutir à des problèmes éthiques qu’il faut pouvoir régler. Je pense notamment aux pertes de liberté liées à la reconnaissance des visages par les caméras de sécurité. Il faut donc être très vigilant et critique des diverses applications qu’on lui trouve.

 

Pourquoi avez-vous choisi de parler de cybersécurité au grand public ? C’est un sujet souvent réservé aux spécialistes et finalement assez tabou, parce qu’il évoque aussi la cybercriminalité.

B.C. : La cybersécurité, avec l’interconnexion toujours plus importante de tout ce qui nous entoure, est un domaine en expansion. Il est à la fois très pointu d’un point de vue théorique, par la cryptographie, mais aussi très pratique puisque ces méthodes doivent être mises en œuvre dans des systèmes réels. Or mettre en place un systèmes sécurisé est très complexe et bien souvent son échec est dû à une erreur humaine. Sensibiliser le grand public à la cybersécurité et aux bonnes pratiques associées est donc primordial à mon sens, sans quoi ces personnes se trouveront vulnérables à des cyberattaques qui sont le plus souvent facilement évitables.

D.R. : Étant donné que ma thèse porte sur ce sujet c’était assez naturel de l’aborder. Il est vrai que ce sujet peut sembler complexe lorsqu’on rentre dans les détails comme la plupart des sujets abordés. Mais il est aussi possible d’en présenter une vision simplifiée qui est compréhensible par tous. C’est en tout cas ce que nous essayons de faire. Je pense aussi que c’est important d’en parler afin d’éclaircir ce qu’est la cybercriminalité auprès du grand public.

 

Pour poursuivre ces échanges au delà de la « Pint »…auriez-vous des suggestions…

1. De lectures/références que vous recommanderiez au public s’il souhaite en savoir plus sur le thème que vous allez nous présenter ?

B.C. : Pour approcher la cryptographie, avec un livre qui se lit comme un roman, je recommande « Histoire des codes secrets » de Simon Singh. Je recommande aussi le Da Vinci Code, par Dan Brown, pour y trouver les incohérences et erreurs en matière de cryptographie.

D.R. : Pour ceux qui sont intéressé par le Deep Learning et qui veulent en apprendre plus, je leur conseille « Deep Learning » de I.Goodfellow, Y.Bengio et A.Courville qui est très complet.

 

2. De lectures/références qui ont joué un rôle clé dans votre parcours de chercheurs ?

B.C. : Le livre « Power Analysis Attacks: Revealing the Secrets of Smart Cards » de Stefan Mangard, Elisabeth Oswald et Thomas Popp, présente de manière très claire et pratique les attaques physiques et comment les réaliser. C’est probablement par où il faut commencer pour étudier les attaques sur les systèmes électroniques sécurisés. Le livre « Security Engineering » de Ross Anderson, aborde quant à lui tous les aspects de la sécurité, et montre, comme je le disais plus haut, que le facteur humain à une part très importante dans la sécurité. Ce livre est aussi très pratique et montre de nombreux cas concrets. Enfin, pour prendre un peu de recul, je citerai « The Moral Character of Cryptographic Work » par Phillip Rogaway. Cet essai, très critique, remet en question l’approche « cryptographie pour la cryptographie » et défend l’idée que les chercheurs en cryptographie devraient se pencher un peu plus sur les implications sociétales de leurs travaux. Notez que ces deux dernières références sont disponibles gratuitement en ligne aux liens suivants https://www.cl.cam.ac.uk/~rja14/book.html et https://web.cs.ucdavis.edu/~rogaway/papers/moral-fn.pdf

D.R. : Je dirais que le livre « Power Analysis Attacks: Revealing the Secrets of Smart Cards » par S.Mangard, E.Oswald et T.Popp a été très formateur pour moi.

 

Retrouvez toutes ces références sur BRISE-ES, le catalogue des BU de Saint-Étienne et Roanne.

 

Plus d’infos billetterie sur le site de Pint of Science Saint-Etienne