A la rencontre de Pint of Sciences Saint-Etienne : 21 mai 2019

A l’occasion du festival Pint of Science Saint-Etienne, vos BU préférées vous proposent des interviews des chercheurs UJM qui viendront vous présenter du 20 au 22 mai leurs travaux de recherche et leur métier dans le cadre décontracté de deux bars stéphanois. Alors…soif de science ?

Mardi 21 mai, ne ratez pas l’occasion d’échanger avec des chercheurs en biologie tissus ostéo-articulaires qui étudient les corps dans l’espace et des chercheurs qui révolutionnent la science des matériaux avec du plastique sans plastique…à base de protéine de lait.

TitreInterviewDans la peau d’un astronaute (19h-21h30, Café Les Jardins, 9 Place Jean Jaurès)

« Vu d’ici, vivre dans l’espace en apesanteur, ça a l’air plutôt marrant. Pourtant, on ne peut pas dire que le corps humain apprécie l’expérience : gaz intempestifs, fonte musculaire, diminution de l’acuité visuelle, mais surtout dégradation des os à vitesse grand V ! De quoi remettre en question les futures missions d’exploration vers la planète Mars ? »

Rencontre avec Mélanie Dhayer, Doctorante en 3ème année au Laboratoire SAINBIOSE – Laboratoire Biologie des Tissus Ostéo-articulaires.

Pourquoi avez-vous eu envie d’intervenir dans Pint of Science ?

Mélanie Dhayer (M.D.) : Il est très important d’essayer d’expliquer et de vulgariser la science pour qu’elle soit abordable pour tous.  Cela permet d’expliquer au grand public comment se déroule la vie d’un chercheur et de changer l’image de « rat de laboratoire » qu’on peut parfois leur attribuer. En outre, cela peut faire naître des vocations.

 

Trouvez-vous que c’est une bonne idée d’emmener les sciences dans un bar ? Qu’est-ce qui change par rapport à des événements de vulgarisation habituels ?

M.D. : Tout à fait. Pour la plupart des événements de vulgarisation, les gens viennent dans les laboratoires et se trouvent immergés, ce qui peut être impressionnant.  Pour une fois, cela se passe dans l’autre sens et permet d’amener des scientifiques directement à la rencontre des gens dans un cadre détendu et même un peu inattendu ! On crée le dialogue en venant dans un lieu qui leur est familier.

 

Est-ce que vous trouvez que c’est important pour vous, en tant que chercheurs, de participer à de tels événements ? Pourquoi ?

M.D. : C’est une opportunité d’échanger avec un public qui n’est pas familier avec nos recherches et de limiter le fossé qui peut souvent se creuser avec le monde de la recherche. La vulgarisation n’est pas un exercice facile mais c’est important pour un chercheur de pouvoir diffuser les résultats de son travail au plus grand nombre. La communication est, je pense, le gros point faible des chercheurs. Ce genre d’évènements permet d’y remédier.

 

Le 21 mai, vous allez nous démontrer que le travail sur les explorateurs de l’espace peut servir la médecine terrestre : ce n’est pas forcément une évidence. Comment s’est établie cette passerelle ?

M.D. : Pour la majorité des gens, la recherche spatiale semble déconnectée de son quotidien, pourtant, elle profite vraiment à tous ! Elle a permis de nombreuses avancées technologiques comme pour les panneaux solaires qui ont été créées pour fournir une source d’énergie durable aux satellites dans l’espace, la télécommunication et le GPS permis grâce aux satellites, les airbags mis au point pour un atterrissage sans danger des sondes, etc.

Dans le domaine médical, les vaisseaux spatiaux ont inspiré des pompes d’assistance ventriculaire, des pompes à insuline, des machines à dialyse et bien d’autres choses. De plus, les matériaux conçus pour les fusées ont servi à améliorer la technologie de certaines prothèses, des « stents » servant à déboucher les artères, d’agrafes chirurgicales, etc.

En outre, l’IRM (imagerie par résonance magnétique) tire ses origines dans le programme Apollo. Son but originel était de photographier la surface lunaire pour préparer au mieux les alunissages. Suite à de nombreux perfectionnements, cet outil a permis d’imager l’intérieur du corps humain et représente un élément crucial dans le diagnostic actuellement.

Pour la médecine osseuse, la recherche spatiale a mis au point les premiers scanner à rayonX en 3 dimensions. Ces scanners étaient plus performants et ils ont permis de montrer leur utilité sur terre pour qualifier plus surement la qualité de l’os  qu’une simple radio en 2D. Ces scanners 3D sont devenus aujourd’hui la référence en médecine courante et c’est grâce aux cosmonautes que nous savons que la masse osseuse ne suffit pas à prédire les fractures mais que l’architecture/design du tissu sont plus important.

Enfin, nous pourrons évoquer des recherches plus biotechnologiques par la nécessité de concevoir des systèmes d’analyse in-vitro (pour cellules) qui devaient être totalement automatiques dans l’espace. Le labo de Saint-Étienne fut le premier au monde à cultiver en totale autonomie des cellules des os dans l’espace (Bion10, 1992) grâce à un bioréacteur. Ces bioréacteurs automatiques sont maintenant des outils de base des fabricants de tissus artificiels en ingénierie tissulaire. Tous ces exemples montrent bien que les développements technologiques pour l’industrie spatiale sont transférables aux terriens que nous sommes !

 

En quoi vos études dans un environnement extraordinaire vous font gagner du temps par rapport à des recherches directement pratiquées sur des patients atteints d’ostéoporose ?

M.D. : Dans l’espace, le corps des astronautes est vraiment mis à rude épreuve; avec notamment une perte osseuse très importante et très rapide. Les astronautes qui séjournent à bord de la station spatiale (ISS) perdent autant de masse osseuse en un seul mois qu’une femme âgée de plus de 60 ans atteinte d’ostéoporose en un an. Étudier cette perte osseuse spatiale permet de mettre au point des moyens plus efficaces qui pourront bénéficier aux millions de personnes atteintes d’ostéoporose dans le monde.

L’exposition aux conditions spatiales est un moyen d’accélérer les réactions physiologiques qui pourraient demander des années sur terre, ainsi on progresse beaucoup plus vite pour développer des stratégies anti-sédentarité par exemple.

 

Pour poursuivre ces échanges au delà de la Pint…auriez-vous des suggestions de lectures/références que vous recommanderiez au public s’il souhaite en savoir plus sur le thème que vous allez nous présenter ?

M.D. : S’il n’y avait qu’un livre à lire pour comprendre le quotidien d’un astronaute, la bande dessinée de reportage « LA COMBI DE THOMAS PESQUET » réalisée par Marion Montaigne est vraiment passionnante, drôle et pouvant convenir à un public de tout âge. Cette BD aborde la conquête spatiale d’un point de vue historique, politique, scientifique et humain avec des histoires cocasses comme l’apprentissage de l’utilisation des toilettes spatiales…
Et sinon pour la filmographie, les grands classiques «2001 Odyssée de l’espace », « Apollo13 », « Gravity », « First Man » et « Interstellar » s’imposent, sans oublier le film « Dans la peau de Thomas Pesquet »

 

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TitreInterviewBioplastiques : une alternative écologique ? (19h-21h30, Le Méliès Café, 10 Place Jean Jaurès)

« D’ici 2050, il y aura plus de plastique que de poissons dans la mer ». Tel est le dramatique constat dressé fin 2018 par la présidente de l’Assemblée générale des Nations Unies, Maria Fernanda Espinosa. Dans notre société accro au plastique, il devient urgent de trouver des alternatives écologiques si l’on veut enrayer la catastrophe. A Saint Etienne, des scientifiques se sont penchés sur la question. Avec succès : ils ont inventé un plastique fabriqué à base…de lait ! »

Rencontre avec Frédéric Prochazka, Enseignant chercheur à la faculté des Sciences de Saint-Etienne, Co-fondateur de Lactips.

Pourquoi avez-vous eu envie d’intervenir dans Pint of Science ?

Frédéric Prochazka (F.P.) : je l’ai fait il y a 2 ou 3 ans et le concept m’a plu. Les discussions étaient très intéressantes et très détendues.

 

Trouvez-vous que c’est une bonne idée d’emmener les sciences dans un bar ?

F.P. : Très bonne idée, le public est très attentif et les discussions très ouvertes, informelles. C’est plus un échange qu’une session ‘réponses aux questions’ comme en conférence.

 

Qu’est-ce qui change par rapport à des événements de vulgarisation habituels ?

F.P. : On peut boire un coup entre deux questions!

 

Est-ce que vous trouvez que c’est important pour vous, en tant que chercheurs, de participer à de tels événements ?

F.P. : C’est important parce que l’on a souvent des questions inattendues ou des remarques, des idées qui nous font voir autrement le sujet sur lequel on travail.  Parfois, des idées d’applications ressortent et sont très pertinentes.

 

On a vu beaucoup de pubs dans la ville il y a 2 ans sur Lactips. Cette technologie est révolutionnaire. Pourquoi ne trouve-t-on pas partout en France des sacs de courses de ce type ?

F.P. : Tout d’abord, nous fabriquons un matériau hydrosoluble, c’est à dire qu’il se dissout dans l’eau, donc pour le sac de courses, c’est pas très adapté par temps de pluie. Les emballages que nous produisons sont plutôt destinés à des applications ou il disparait comme par exemple l’emballage des tablettes de lave vaisselle.

 

Pourrait-on produire assez de lait à l’échelle d’un pays pour produire assez de ce matériau ?

F.P. : Nous n’utilisons pas directement le lait mais la protéine principale qui le compose: la Caséine. C’est une ressource laitière historique qui est un additif pour les préparation de l’industrie agro-alimentaire mais aussi pour certaines applications comme les colles ou les peinture. Cette ressource est très abondante et même en excès.

 

Est-ce que cela pourrait être une nouvelle source de revenus pour les éleveurs qui souffrent depuis longtemps du prix du lait vendu à bas coût dans la grande distribution ?

F.P. : Cette matière première n’influe pas du tout sur le prix du lait ni sur les quantités, elle n’a pas d’influence sur les productions de lait.

 

Retrouvez l’interview du 20 mai sur BlogBUSTER et des références d’ouvrages sur ce thème dans BRISE-ES