A la rencontre de Pint of Science Saint-Etienne : 22 mai 2019

Troisième et dernier jour du festival Pint of Science Saint-Étienne avec deux thématiques qui plairont énormément au grand public : les secrets de la communication animale et les bienfaits d’un régime riche en graisses !

TitreInterviewCommunication animale (19h-21h30, Café Les Jardins, 9 Place Jean Jaurès)

« Mais de quoi parlent les animaux ? Pour essayer de décrypter leurs échanges, voire leurs conversations, les éthologues, des scientifiques spécialistes du comportement animal, sont prêts à passer des heures à les observer et les écouter. Le temps d’une soirée, quatre de ces passionnés viendront nous faire part de leurs découvertes et nous initier aux langages des animaux. »

Rencontre avec Florence Levrero, Enseignante-chercheuse au laboratoire de neuro-éthologie sensorielle (ENES) de l’Université Jean Monnet de Saint Étienne, et Thibaut Marin-Cudraz, Doctorant au sein de l’équipe de Neuro-éthologie sensorielle (ENES).

Pourquoi avez-vous eu envie d’intervenir dans Pint of Science ?

Florence Levrero (F.L.) : Depuis plus de 4 ans, je fais chaque année des interventions de vulgarisation scientifique dans des établissements scolaires (ex : avec l’association « Les universitaires retournent à l’école » et en partenariat avec l’association Lire à Saint-Étienne) et cette année à L’université pour tous à Rive-de-Gier. Pint of Sciences est un bon format événementiel de communication scientifique. C’est un temps d’échange avec des adultes non spécialistes qui choisissent librement de venir. Ce projet est porté par Martin Saumet, journaliste et médiateur scientifique à La Rotonde (Saint-Étienne). Il est un de nos anciens étudiants qui a fait un beau parcours professionnel. Raison supplémentaire pour soutenir Pint of Sciences Saint-Étienne. Pour conclure, si je souhaite intervenir dans Pint of Science, c’est surtout parce qu’en tant que chercheuse, il me semble important de rester disponible pour le public afin de répondre à ses questions.

Thibaut Marin-Cudraz (T.M-C.) : C’est ma collègue Florence Levréro qui m’a parlé du projet Pint of sciences. J’ai tout de suite été intéressé par le cadre du projet, parler de sciences en buvant de la bière, quoi de mieux pour allier convivialité et diffusion scientifique.

 

Trouvez-vous que c’est une bonne idée d’emmener les sciences dans un bar ? Qu’est-ce qui change par rapport à des événements de vulgarisation habituels ?

 F.L. : C’est un excellent moyen de mettre tout le monde à l’aise. Le contact y est plus facile. Il n’y a pas d’estrade. Le public est en attente d’un échange. Il y a une proximité. Ce sont des moments partagés individuels dans un cadre plus détendu et avec moins de barrières qu’une salle de conférence.

T.M-C : De plus, je pense que le public qui pourra assister à Pint of science sera légèrement différent du public que j’ai rencontré lors d’évènements plus classiques (Fête de la science, portes ouvertes, par exemple) constitué généralement de scolaires. Le cadre plus informel pourra amener des questions différentes et j’espère présenter d’autres aspects de la science.

 

Est-ce que vous trouvez que c’est important pour vous, en tant que chercheurs, de participer à de tels événements ? Pourquoi ?

 

F.L. : Cela me semble très important de communiquer sur ce que l’on fait. Je souhaite y investir régulièrement du temps. Il peut y avoir des questions surprenantes, qui  parfois permettent d’envisager sous un nouvel angle ses propres recherches. C’est un échange enrichissant.

T.M-C : Oui car finalement, la science et ses applications sont très présents dans un monde moderne très cartésien mais la pratique de la science et la vie de chercheurs sont finalement assez peu connus, voire fantasmés via les livres, séries, films et autres objets culturels. Je pense qu’il est donc essentiel de rappeler ces aspects de la science au grand public et éventuellement provoqué des vocations même chez les moins jeunes car la science participative connaît un gros boom en ce moment.

 

Dans vos recherches, quels animaux particulièrement étudiez-vous ? et pour quelle raison ?

 

F.L. : Je travaille sur les primates non-humains et les primates humains. Plus précisément je mène des recherches sur la communication animale, d’une part, des grands singes et, d’autre part,  des bébés en étudiant leurs pleurs (communication non-verbale).  Il s’agit de décoder les messages véhiculés dans les cris  et de comprendre comment ces messages sont codés acoustiquement. J’ai un intérêt particulier pour les espèces sociales dont la complexité sociale de leurs interactions pourraient impliquer une complexité vocale.  Mon objectif est de comprendre comment avec un répertoire vocal parfois simple, l’animal peut répondre à un large éventail de situations (reproduction, défense territoriale, compétition alimentaire, coopération sociale…). En tenant compte de leurs besoins et leurs contraintes sociales, j’étudie comment le canal acoustique chez les primates, nos plus proches parents contemporains, intervient pour gérer les interactions avec leurs congénères.

T.M-C : Même si j’étudie une seule espèce actuellement, j’ai étudié d’autres espèces durant mon parcours de chercheurs : aquatique (sèche), oiseaux (rougequeue noir) et insectes (sauterelles et papillons nocturnes). Ma thèse se focalise sur une espèce d’oiseau, le lagopède alpin aussi appelé perdrix des neiges. Cet espèce vit en haute montagne en France dans les Alpes et Pyrénées. C’est une espèce sentinelle, c’est-à-dire indicatrice de la bonne santé de son milieu de vie. Or, le milieu de vie cet oiseau est en danger à cause des extensions de domaine skiable et du changement climatique. De plus, c’est une espèce encore chassable malgré des baisses d’effectifs constatés. Il y a donc beaucoup de conflits culturels (les chasseurs considérant cette espèce comme patrimoniale et donc refuse de la voir retirée) et économiques (opposition entre stations de ski et protecteurs de la nature) autour de cette espèce. La difficulté d’accès à l’espèce la rend dure à observer et il est délicat d’estimer le nombre d’individus présents sur l’ensemble des massifs montagneux. Nous sommes donc en train de développer des méthodes de suivis acoustiques, c’est-à-dire utiliser les sons produits par ces animaux pour les dénombrer. En s’appuyant sur les possibilités techniques actuelles, il est possible d’obtenir des enregistrements acoustiques de longue durée dans des endroits difficiles d’accès comme des sommets montagneux. En appliquant notre savoir faire en bioacoustique il serait donc possible d’obtenir des informations sur l’évolution des populations sur le long terme.

 

Lorsqu’on passe sa vie à étudier les animaux, n’a-t-on pas tendance à projeter le fantasme d’un langage animal de même teneur qu’un langage humain, avec ses complexités linguistiques et ses codes ?

 

F.L. : Non. L’objectif premier de ces travaux est de comprendre les systèmes de communications développés par d’autres espèces qui leur permettent d’interagir avec grand nombre de partenaires, de maintenir des liens parfois à vie avec des individus etc… La recherche d’une structure grammaticale, par exemple, dans la communication animale peut être une approche d’ investigation chez les primates, une parmi d’autres. Au laboratoire, nous utilisons d’autres approches comme l’analyse des structures acoustiques via des logiciels spécialisés et des expériences de repasse de sons.

T.M-C : C’est une tentation que nous essayons d’éviter. Nous envisageons toujours la communication animale dans un contexte de vie et relié à son environnement naturel et social ainsi que le contexte de la communication. De plus, il existe des systèmes de communications extrêmement développés et complexes, par exemple des populations d’oiseaux d’une même espèce montrent des différences dans leurs chants, ce qui pourrait s’apparenter à des « accents » pour nous.

 

Pensez-vous qu’un jour nous pourrons interpréter le langage de son animal de compagnie, par exemple ?

 

F.L : L’éthologie ( = étude du comportement animal) permet de comprendre déjà beaucoup les comportements des animaux de compagnie. C’est en observant patiemment les animaux dans leur propre monde et en évitant de tomber dans l’anthropomorphisme que nous pouvons décrypter leur moyen de communication. Mathilde Massenet, thésarde à l’ENES, qui interviendra avec moi le 22 mai, démarre  ses recherches sur la communication entre les chiens et leur maîtres. Elle pourra présenter l’état des connaissances sur ces questions et ses propres travaux.

T.M-C : Nous pourrions certainement traduire un état émotionnel général mais je ne pense pas que nous puissions aller plus loin.

 

Pour poursuivre ces échanges au delà de la Pint…auriez-vous des suggestions…

  1. de lectures/références que vous recommanderiez au public s’il souhaite en savoir plus sur le thème que vous allez nous présenter ?

F.L: Je recommanderais des ouvrages sur la cognition : Les origines animales de la culture de Dominique Lestel. C’est un ouvrage que nous conseillons à nos étudiants de Master et qui est très bien documenté.

Ethologie animale : Une approche biologique du comportement de Frédéric Lévy et Anne-Sophie Darmaillacq.

Les livres de Frans de Waal traduits en français sont très appréciés par les lecteurs de tous horizons. Ils sont abordables et très bien référencés.
T.M-C : Lorsqu’on parle de biologie, les écris de Darwin sont des indispensables. Pour le comportement animal, les écris de Nikolaas Tinbergen ont été fondamentaux.Pour la bioacoustique, Bernie Krause a été fondamental.

 2. de lectures/références qui ont joué un rôle clé dans votre parcours de chercheurs ?

F.L: Aucune en particulier, c’est un ensemble de lectures. J’ai toujours voulu travailler sur les primates et me suis donc documentée en fonction à mes débuts .

T.M-C : Plus que des écrits, c’est surtout les gens rencontrés au cours de ma formation (professeurs et maîtres de conférence), de présentation et congrès, des différents laboratoires avec qui j’ai travaillé qui ont formé le chercheur que je suis.

 

Retrouvez  les références de ces ouvrages sur BRISE-ES

 

TitreInterviewAlimentation & Santé (19h-21h30, Le Méliès Café, 10 Place Jean Jaurès)

« Quand on parle de régime, on pense généralement à éliminer les aliments gras. Mais pas le régime cétogène, qui propose l’inverse : des matières grasses à foison, à condition de bannir les sucres de son alimentation. Que ce soit dans le traitement de l’épilepsie, du diabète, ou lors des cures d’amaigrissement, tout porte à croire que ce régime alimentaire présente de vrais bénéfices pour la santé. De nouveaux travaux suggèrent même qu’il pourrait être bon pour les articulations. Mais qu’en est-il réellement ? Ce soir, Pint of Science s’invite dans votre assiette ! »

Rencontre avec Maura Strigini, Maitre de Conférence des Universités LBTO-SAINBIOSE et à la faculté de Médecine de Saint-Étienne, et Sara Delon, Étudiante en M2 Ingénierie de la Santé parcours Ingénierie Cellulaire et Tissulaire.

Pourquoi avez-vous eu envie d’intervenir dans Pint of Science ?

Maura Strigini (M.S.) : Je ne connaissais pas Pint of Science, mais l’étudiante qui m’en a parlé (Mélanie) m’a convaincue. À part les journées portes ouvertes des labos où j’ai travaillé et les visites occasionnelles pour les écoles je n’ai pas fait beaucoup d’interventions hors les murs, mais je pense que c’est important. J’ai organisé des expos de posters dans les BU avec mes étudiants de M1 sur la communication grand publique à propos de la physiologie, mais c’est eux qui ont fait le travail!

Sara Delon (S.D.) : J’ai eu envie de participer à Pint of Science parce que je pense que c’est super important de rendre accessible la Science au grand public qui n’a pas forcément connaissance des avancées récentes en matière de Sciences, Santé, etc.

Trouvez-vous que c’est une bonne idée d’emmener les sciences dans un bar ? Qu’est-ce qui change par rapport à des événements de vulgarisation habituels ?

 M.S. : Je m’attends à ce que que ce soit plus décontracté et interactif. Aussi, j’espère moins intimidant pour les orateurs. Et au moins on prendra une bière ;)
S.D : C’est une super idée de faire cette rencontre dans un bar autour d’une bière, l’ambiance sera forcément plus décontractée que dans un évènement classique. Le fait d’amener le public dans un bar peut accroître l’intérêt du public d’autant plus et je pense que ce qu’il faut mettre en avant c’est cette notion de partage qui sera présente lors de ces évènements. On est là pour présenter nos projets de recherche mais aussi et surtout en discuter avec l’auditoire et leur faire passer notre message en quelque sorte.

Est-ce que vous trouvez que c’est important pour vous, en tant que chercheuses, de participer à de tels événements ? Pourquoi ?

M.S. : Oui, très important. Au moins pour deux raisons: 1. faire voir que la science est intéressante et abordable ; 2. faire passer le message que la pensée scientifique et les données scientifiques sont rigoureuses. Même si il y a toujours un élément de doute et si les théories peuvent évoluer en fonction de nouvelles données, on a des méthodes et des outils pour juger de la solidité et validité de certaine hypothèse, prévision, observations… Et cette capacité de juger n’est pas toujours réservée qu’aux experts, mais elle est abordable – tous, avec un minimum de formation scientifique (niveau scolaire) et d’ouverture d’esprit, peuvent y arriver.

Tout cela est important dans une société où plusieurs acceptent ou refusent des discours scientifiques (ou pseudo-scientifiques) trop rapidement.

C’est un peu hors sujet, mais je suis une fan des livres de Mama Ramotswe (Alexander McCall Smith) et, par conséquent, du Botswana (sans y être jamais allée!!). J’ai trouvé super ce que j’ai lu ici:  (pdf joint). Quand, en Italie, les politiciens, les juges et une partie de la populations donnent souvent des avis sans justification sur, par exemple, des thérapies pseudo-médicales (voir par ex : le cas STAMINA) ou les vaccins, au Botswana,  le parlement organise, de manière très pragmatique – cela doit être le seul point positif de la colonisation britannique -, des cours de sciences et de statistiques pour leur parlementaires… Botwsana 1- Italie 0.  :)
S.D. : Participer à Pint of Science est une manière amusante de présenter nos projets en vulgarisant la Science et je crois que c’est important pour nous chercheurs que tout le monde ait accès à l’avancée de nos recherches autrement qu’en participant à des congrès ou à des réunions très formels.

Le 22 mai, vous allez jouer la carte de la provocation en parlant positivement d’un régime alimentaire riche en graisses. Le régime cétogène, bien que validé scientifiquement, est peu connu du grand public. Il est même à l’exacte opposé des régimes préconisés depuis des dizaines d’années par les magazines féminins. Plus, il aurait donc des vertus pour soigner certaines pathologies ? « Le gras, c’est la vie » ?

M.S. : Vrai et faux. le régime cétogène est venu à la mode pour la perte de poids, surtout dans ses versions Atkins modifié et régime paléolithique (sic!) et dans les dix dernières années, il a attiré l’attention de plusieurs scientifiques qui travaillent sur le métabolisme, la nutrition, l’inflammation, le cancer ; en ce qui concerne l’épilepsie, l’intérêt remonte à encore plus vieux. En bonne italienne, je resterais très sceptique, mais d’un autre coté il faut toujours tenir son esprit ouvert : si ça marche dans des cas particuliers, ça marche! Et c’est justement cela que nous sommes en train de vérifier pour l’arthrose. Nous sommes aussi intéressés pour mieux comprendre comment (« pourquoi » ) ça marche, d’un point de vue moléculaire. Peut-être que l’on pourra avoir les mêmes effets avec des traitements qui n’ont pas les effets non-désirés de ce régime. En effet, le thème s’ouvre au rapport entre environnement (dont ce qu’on mange) et notre génome. Le terme clé est épigénétique, et on aura, peut-être, le temps d’aborder ça aussi!

S.D. : Le régime cétogène est utilisé depuis déjà quelques années dans le suivi des patients diabétiques, épileptiques et même atteints de cancer et on va essayer de montrer qu’il pourrait avoir un impact bénéfique sur la pathologie articulaire la plus répandue dans le monde : l’arthrose. Il ne faut pas faire l’amalgame entre ce régime très riche en lipides (gras) et un régime lambda hyper protéiné par exemple. On peut dire que « le gras c’est la vie » dans ce cas-là, mais pas n’importe quel gras. C’est ce que nous allons essayer d’expliquer lors de notre présentation.

Quelles réactions du public attendez-vous ?

M.S. : Je pense qu’avec Sara Delon, qui parlera avec moi, nous traiterons un peu du régime cétogène en général (nous ne sommes pas des experts en nutrition) et le lien avec les maladies des articulation et, j’espère, le thème nutrition/épigénétique. J’espère que le public osera donner voix à ses opinions, expériences personnelles, voir incrédulité  ;-)

S.D : J’espère que le public sera agréablement surpris et qu’il prendra conscience que faire attention à son alimentation est crucial pour le bien-être et surtout la santé.

 Afin de poursuivre ces échanges au delà de la Pint…auriez-vous des suggestions de lectures/références que vous recommanderiez au public s’il souhaite en savoir plus sur le thème que vous allez nous présenter ou qui ont joué un rôle clé dans votre parcours de chercheuse ?

M.S. : Je ne suis pas sûre. Je préfère les romans aux livres de divulgation scientifique. Par contre, il y a des biographies qui ne sont pas mal : j’ai aimé A Feeling for the Organism sur Barbara McClintock ou The Dark Lady of DNA sur Rosalind Franklin. Sidney Brenner, qui est mort récemment, « was a geneticist, really brilliant, a genius ». Il a contribué à la naissance de la biologie moléculaire et après aux études de génétiques dans les modèles animaux, surtout avec le ver C.elegans. Il a écrit des courts textes pour le journal Current Biology qui, parfois, peuvent être à la fois géniaux et très drôles.
S.D : En ce qui concerne les lectures et références importantes je pourrais citer le site de l’INSERM qui a publié un article intéressant sur l’arthrose, pour le régime cétogène, je vous conseille cet article sur le site Yuka rédigé en collaboration avec un nutritionniste universitaire.

Retrouvez les interviews du 20 mai et du 21 mai sur BlogBUSTER ainsi que les références des ouvrages sur BRISE-ES